Comprendre la performance du système de collecte sélective au Québec

Comprendre la performance du système de collecte sélective au Québec

Le système québécois de collecte sélective est aujourd’hui l’un des plus avancés au Canada. Depuis 2025, il repose sur un modèle modernisé basé sur la responsabilité élargie des producteurs (REP). Les entreprises qui mettent en marché des produits emballés financent et structurent l’ensemble du système.

Cette transformation permet une plus grande cohérence, une harmonisation des pratiques et une meilleure prise en charge global des matières récupérées. Elle s’accompagne toutefois de nouveaux défis pour les entreprises concernées: les coûts associés à sa mise en œuvre et à son financement représentent, dans certains cas, un enjeu important pour les organisations qui mettent des produits sur le marché.

Dans ce contexte en évolution, plusieurs questions demeurent et certains mécanismes méritent d’être mieux compris.

Nous vous proposons donc de démystifier quelques-uns des principaux enjeux liés à cette nouvelle réalité.

1. Un système d'envergure piloté par les entreprises.

Depuis 2025, Éco‑Entreprises Québec agit comme maître d’œuvre du système.

Concrètement, cela signifie que l’organisation est responsable de :

  • la collecte
  • le transport
  • le tri
  • la commercialisation des matières
  • le financement du système

En 2025 :

  • 2 800 producteurs membres, soit le plus grand regroupement au Canada
  • 609 000 tonnes de matières mises en marché
  • 457 M$ financés par les producteurs
  • 27 M$ d’aide gouvernementale pour soutenir la transition

Les municipalités peuvent continuer d’assurer la collecte si elles le souhaitent, mais sous entente avec ÉEQ.

2. 791 000 tonnes récupérées contre 609 000 tonnes déclarées...un périmètre de calcul différent.

En 2025, environ 791 000 tonnes de matières ont été récupérées, soit davantage que les 609 000 tonnes déclarées par les producteurs.

Cet écart peut sembler contre-intuitif, mais il s’explique par plusieurs facteurs :

Méthodes de calcul

  • Mises en marché : données déclarées par les producteurs
  • Matières récupérées : données réelles des centres de tri

Présence des ICI (industries, commerces, institutions)

  • Certaines matières récupérées ne sont pas encore soumises à déclaration par les producteurs

Décalage temporel

  • Une matière mise en marché en 2024 peut être récupérée en 2025

Couverture incomplète des producteurs

  • Tous ne sont pas encore membres ou pleinement intégrés

Cette distinction est essentielle pour bien interpréter les performances du système.

3. Une matière majoritairement composée de papier et de carton.

La composition des matières récupérées influence directement les débouchés et les stratégies d’optimisation :

  • 52 % papier et carton
  • 16 % verre
  • 15 % plastique
  • 4 % métal

Cette réalité rappelle que, même si le plastique attire beaucoup d’attention, le papier et le carton dominent largement les volumes.

4. Une performance solide… mais des pertes importantes

Le système affiche des résultats encourageants :

  • 87 % de taux de récupération résidentiel
  • 80 % des matières récupérées envoyées au recyclage
  • 63 % recyclées au Québec

Cependant :

  • 13 % de contamination dans les bacs
  • 19 % des matières collectées sont rejetées

Pourquoi ces rejets ?

Les 137 000 tonnes rejetées se répartissent comme suit :

  • 42 % : matières non acceptées dans la collecte
  • 58 % : matières recyclables mal triées ou difficiles à traiter

Cela met en évidence un enjeu central : la performance du système dépend autant des comportements de tri que de la conception des emballages.

5. La qualité des matières : un levier clé

La qualité des matières récupérées est aujourd’hui au cœur des préoccupations.

Pour améliorer la performance, trois leviers sont priorisés :

  • Réduire la contamination à la source (sensibilisation, campagnes, gestes de tri)
  • Améliorer la performance des centres de tri (technologie, efficacité opérationnelle)
  • Favoriser l’écoconception (emballages plus simples, recyclables et compatibles avec les infrastructures)

C’est sur ce dernier levier que les entreprises ont le plus de pouvoir d’action.

6.Une particularité québécoise : l’intégration des ICI

Contrairement à d’autres provinces, le Québec inclura dans son système :

  • le secteur résidentiel
  • les institutions
  • les commerces
  • les industries
  • les ICI assimilables et non assimilables

Cette approche entraîne :

  • une complexité opérationnelle plus élevée
  • des défis d’analyse des données
  • mais aussi un potentiel d’impact plus large

7. Vers une harmonisation pancanadienne

Afin de réduire la complexité pour les entreprises présentes dans plusieurs provinces, une harmonisation est en cours à l’échelle canadienne :

  • 62 catégories de matières standardisées
  • Date unique de déclaration (31 mai dès 2026)
  • Lignes directrices communes en recyclabilité et écoconception

Cette harmonisation facilitera :

  • la conformité réglementaire
  • la comparabilité des données
  • et la prise de décision à grande échelle

En résumé

Le système québécois est performant et structuré, mais il atteint aujourd’hui un point charnière.

Les gains futurs ne viendront plus seulement de la collecte et du tri, mais de la conception des emballages en amont.

C’est là que se joue la prochaine étape de transformation de l’industrie.

Référence : https://www.eeq.ca/assets/pdf/EEQ_Bilan_Annuel-2025_FR.pdf